L’homme en Objet

L'homme en Objet

L’idée de cette série est reliée aux histoires et aux contes que j’ai entendus dans mon enfance et qui me suivent encore partout aujourd’hui. Il s’agit d’histoires « désignées pour l’enfant noir » comme l’a dit Senghor. Pour ces photographies, je m’inspire d’histoires qui sont dans ma tête et je crée ensuite des objets au service de ces histoires. Les idées me viennent parfois la nuit, pendant que je suis couchée dans ma chambre. Avant de m’endormir, il m’arrive de rêver les yeux ouverts. Je cherche, je tâtonne toujours un peu. Ce sont des portraits assez simples, qui symbolisent un aspect d’une histoire. Mon usage des objets comme accessoires ou costumes pour l’homme a rapport aussi avec les masques africains, si bien faits, aujourd’hui conservés dans les musées. Je sors de ce contexte du masque africain traditionnel, lié à des coutumes et des croyances précises, pour aller vers quelque chose qui est davantage de l’ordre du déchet. Souvent, je demande même au modèle de fabriquer lui-même cet objet-masque. Il faut que ça soit artisanal, c’est très important. Moi, en tant que photographe, je mets en place ce dispositif, afin de placer les histoires que j’ai entendues derrière des masques, que les jeunes que je photographie ont bricolé avec des choses récupérées.

Cette série L’homme en objet symbolise-t-elle aussi la liaison entre le passé et le futur ?
Ce sont des histoires je n’ai jamais vécues, ce sont des histoires que l’on me raconte, des histoires comme des rêves. Quand on rêve, on croit vivre pleinement quelque chose, et puis lorsque l’on se réveille, on réalise qu’il ne s’agissait pas de la réalité, et on ne sait plus ce qui était profond et ce qui était en surface. Donc c’est un peu comme çaL’homme en objet : ce sont des histoires comme des rêves, mais qui fonctionnent comme des leçons de morale, des récits qui nous apprennent comment se conduire dans la vie. Qui nous aide à comprendre ce qui nous attend, ce qui peut arriver. Et aussi quel est le lien de l’homme et de l’animal, quel est le lien de l’homme et de l’objet. C’est grâce à des histoires que l’on peut apprendre à obtenir des affections envers des objets, des animaux, les arbres, la nature, et plein d’autres choses.

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Touareg en geste et mouvement

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Les Touaregs et les chameaux

Dans quel contexte avez-vous réalisé cette série ? Il s’agissait d’un voyage ?
J’ai fait cette série à l’occasion d’un voyage et puis aussi par amour pour les chameaux. Je suis allée au nord du Mali pendant un festival et j’ai été très impressionnée par les chameaux. J’en voyais pour la première fois et j’ai voulu les photographier, ainsi que le contexte touareg autour d’eux. J’ai proposé cette série pour la Biennale de Bamako de 2005 dont le thème était « Un autre monde ».

Comment les Touaregs ont-ils reçu votre travail de photographe ?
Ils étaient tout à fait d’accord. Avec le festival, ils sont habitués à voir des photographes, des caméramans. Ils étaient même très à l’aise pour être photographiés.

Est-ce que la lumière du désert vous a particulièrement inspirée ?
Oui, beaucoup. La lumière du désert est magnifique. Il faisait très froid, mais l’intensité lumineuse était vraiment belle. Le sable blanc amplifiait la lumière qui venait se refléter sur les Touaregs et les chameaux. Là, j’ai choisi le noir et blanc.

Interview réalisée à Bamako, Torokorobougou, Point Sud 11. 02. 2011
Par Bärbel Küster, Marlène Chedraoui, Judith Rottenburg, Janine Schöne, Tanja Schüz

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Sutigi (à nous la nuit)

Sutigi (à nous la nuit)

La série Sutigi – A nous la nuit renvoie au bel âge de la jeunesse caractérisée par l’insouciance et le désir de liberté. Le point de départ de ce travail était une recherche sur mon univers vestimentaire, celui lié à ma propre jeunesse. À travers les tenues modernes que chacun aime enfiler la nuit pour sortir ou se promener dans le quartier avec des amis, j’ai progressivement porté mon regard vers mes connaissances. Puis je me suis tournée vers des jeunes de différentes nationalités, ceux rencontrés au gré des hasards et de mes déplacements. En Afrique, les jeunes filles aiment particulièrement jouer avec cette élégance vestimentaire. De nombreux d’accessoires (lunettes ceintures, chaussures, etc.) complètent l’accoutrement de la jeune fille dans le vent. Je m’intéresse aussi actuellement à l’élégance masculine, à ses détails, à sa discrétion. C’est aussi une façon de se déplacer, de séduire et d’exister, qui s’associent à un rythme, et un style de vie, singuliers.

Comment est née l’idée de réaliser la série « Sutigi » ?
Cette série a débuté en 2004 à Bamako, puis elle s’est poursuivie dans d’autres villes du monde, en Afrique du sud, au Congo, au Sénégal, et je souhaite, à l’avenir, la développer ailleurs encore. C’est la même jeunesse que l’on retrouve partout, le même esprit. Avec parfois des différences bien sûr. Par exemple en Afrique du Sud, les jeunes sont libres le jour comme la nuit. Donc j’ai fait là-bas beaucoup de photographies de jour. Au Mali, ou à Brazzaville par contre, on est plus libre la nuit que le jour. Donc j’ai fait des images de nuit. J’ai d’ailleurs éliminé mes photos faites en Afrique du Sud de la série de Sutigi, car je l’ai ai prises de jour et j’ai voulu me concentrer exclusivement sur l’atmosphère nocturne et sa liberté.

Et depuis 2004, votre conception de la série a-t-elle évolué ?
Ce travail est devenu un réflexe, une quête incessante rattachée à une envie irrépressible de me rapprocher de ces jeunes personnes, à ma façon, et d’entrer en contact avec eux. On remarque cette aisance fréquente devant la caméra, cette fierté presque. Puis on accède à la singularité et à la complexité de chacun, toutes deux liées au moment de notre rencontre. En m’intéressant à cette jeunesse, je livre un témoignage sur mon époque, sur nous, les jeunes, qui au regard de nos traditions, se sentent mieux la nuit que le jour.

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Les parapluie

Les parapluie au congo, Brazza 2013

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